Les carnets d’Elisa

Ecriture et réalisation cinématographique : François Hébert

Création du collectif Lyncéus

Binic, juin 2017.

Ça fait longtemps maintenant qu’au coeur de la ville le cinéma a brûlé, ravagé par les flammes déclenchées par deux adolescents qui ne faisaient que jouer. A la place il n’y a plus qu’un bâtiment tout prêt à s’effondrer sur un vieux terrain vague peuplé de mauvaises herbes. Effondrement, le mot est à la mode. Dans les rues de nos jours, nombreux sont les gens de mon âge à porter des bonnets sur lesquels on peut lire l’inscription « wasted ». Gâchée : c’est de leur génération qu’ils parlent. Comme si l’avenir était devenu stérile, bouché par un ensemble de signes qui annonçaient le pire.
Cet été, Elisa a vingt ans. Ce constat sans espoir, elle l’a fait comme les autres, ça l’a rendu plus sombre. Désormais elle porte cette couleur noire et ne sait plus vraiment comment avoir confiance. Alors pendant ses vacances à la mer, elle s’est mise à écrire, à tenir un carnet dans lequel elle nous parle du besoin qu’elle ressent de trouver un appui, de construire une croyance. Peu à peu ce carnet se transforme. De journal intime, il devient une enquête d’anthropologie comparée, mettant face-à-face les croyances des modernes avec celles des anciens. Elle nous parle de cette frontière friable qui sépare les objets des sujets, qui reconnaît une âme aux uns et les autres ne sont rien. Elle nous dit le besoin qu’elle ressent de donner une place à ce qu’elle imagine, à ce qu’elle sent en elle mais n’arrive pas à voir lorsqu’elle ouvre les yeux. Elle nous parle des images, prononce des sortilèges pour les rendre vivantes. Elle se dit qu’une croyance ça se sculpte comme un bloc de terre glaise et que le cinéma est un très bel outil pour donner vie à ça.

« En rangeant mes affaires j’ai retrouvé une photo. Je dois avoir quatorze ans, j’ai les cheveux mouillés, un maillot bleu à rayures. Dans la main j’ai une canette de coca et le soleil est en train de se coucher. Il avait fait très beau ce jour-là, on voit encore du bleu dans le ciel, le bleu de la journée que je venais de passer. C’est mon premier amoureux qui l’a prise, juste avant que le cinéma brûle. Il m’avait dit qu’il fallait que je la garde et que je m’en souvienne parce qu’on vivrait plus jamais des choses aussi belles. Et moi comme une conne je l’avais oubliée dans un carton… ».

FRANCOIS HEBERT, scénariste et réalisateur de cinéma. Après cinq années à étudier le droit, François Hebert tombe amoureux du cinéma et entre à la Fémis pour apprendre à raconter des histoires. Depuis sa sortie de l’école, il s’intéresse à ce que le cinéma, le théâtre et l’art contemporain ont à se dire. Il construit avec Léna Paugam Les yeux déserts, installation-vidéo présentée au CNDAD, co-écrit avec Judith Deschamps Métamorphosis # 1, performance présentée au Centre Pompidou et réalise quatre vidéos expérimentales. En 2016, il co-réalise avec Olivier Strauss Réponses au brouillard, documentaire de création produit au sein du Lyncéus Festival et sélectionné au Festival international du film indépendant de Bordeaux ainsi qu’au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand 2017. Il développe actuellement son premier long métrage.