Lynceus Festival 2014

Les artistes

Olivier Brichet– Projet « Uchronie » / Exposition sonore

Après une formation aux Beaux-Arts d’Angers (2004-2007) où il entamera une recherche portée sur la perception/représentation visuelle et sonore de l’espace aux travers d’installations notamment, il poursuit ses recherches en intégrant la section scénographie de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (2008-2011). Il réalisa deux documentaires: Ljo Komoe_réalisé au Mali-2006 en collaboration avec des étudiants des Beaux-Arts d’Angers et du Conservatoire Balla Fasseké de Bamako; et In Dakar Off Dak’art biennal_ réalisé au Sénégal-2008 (commande de l’Harmattan-TV) en collaboration avec l’ONG Groupe Image et Vie (GIV) de Dakar. Entre 2009 et 2010, il collabora avec Gwenaël Morin sur le Théâtre Permanent ainsi que sur l’Encyclopédie de la Parole aux Laboratoires d’Aubervilliers en qualité de constructeur, machiniste et régisseur. Il rejoint l’équipe du théâtre de Bussang en 2009 en qualité de constructeur, régisseur plateau et son. Depuis 2010, il assiste Sylvain Ravasse en prototypage-nouvelle lutherie et Tanguy Nédélec (régisseur des Laboratoires d’Aubervilliers) à la construction. En 2012 il réalise le clip du groupe Mungo Park_Pilgrim (Third Side Records) avec Alexandra Epée. Il assiste le scénographe Julien Peissel sur le projet de fin d’étude du CFPTS au théâtre de Gennevilliers (m.e.s Ricardo Lopez Munoz_Home sweet home). EN 2013, il conçoit avec Alexandra Epée et Flora Rich un jardin sonore « Gram(in)ophone» dans le cadre de la 22è édition du festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire. En collaboration avec la comédienne Fanny Sintès, il crée en septembre de la même année la pièce électro-acoustique pour trois voix et instrumentarium « Anechoïcspeech » au Studio-théâtre de Vitry.

Sigrid Carré Lecoindre – Projet « Rhapsodie sans visages » / Lecture

Sigrid Karlek est auteur, compositeur, dramaturge, et interprète. Pianiste de formation, elle a été formée au Conservatoire National de Région « Francis Poulenc » de Tours, a participé à divers stages et ateliers (écriture avec Tanguy Viel, travail vocal avec Jean Nirouet et Sophie Hervé ; mise en scène avec Gilles Bouillon…), et a obtenu DEA de dramaturgie contemporaine à l’Institut d’Etudes Théâtrales de Paris en 2010. En tant que compositeur, elle signe, en 2008, la bande originale du spectacle 23° Nord/68° Est ou autres fantaisies palmées du collectif Système Paprika. En 2010, elle co-écrit et interprète la B.O. du court métrage d’animation Carpates Express de Maéva Viricel et Doris Bachelier. Cette même année, elle réalise la composition musicale d’Une Belle Journée de Noëlle Renaude (M.e.s. Lena Paugam).

En 2011-2012, elle conçoit les dramaturgies sonores de Là-bas c’est bien aussi (M.e.s., Sol Espeche) et Top Girls, (M.e.s. Aurélie Van Den Daele) pour les 8e et 9e éditions du « Festival Au féminin » (Lavoir Moderne Parisien), et assiste Sébastien Lemoine sur le Don Giovanni présenté à Mâcon à l’occasion de l’ouverture du Festival « Les Symphonies d’Automne ». Membre co-fondateur du Système Paprika, elle est dramaturge et interprète (piano/scie musicale/saxophone) sur le spectacle musicale Cocottes zé Bagatelle (2012) ainsi que sur les deux dernières créations du collectif Caravane Fantôme et Rumba Bigoudi, présentées en 2013 et en 2014 au Théâtre du Châtelet dans le cadre des « Concerts de l’Improbable » de Jean-François Zygel.

Antonin Fadinard - Projet « La nef des fous » / Théâtre

Originaire de Rennes, Antonin Fadinard dirige la compagnie Akmé depuis 2007. C’est dans ce cadre qu’il a mis en scène La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux, ainsi que Les Ronces et Un Règne de Vladimir Mulev. En tant que comédien, il a joué dans de petits théâtres parisiens, tourné en France avec Le Songe d’une nuit d’été (mise en scène C. de Dadelsen), en France et à l’étranger avec Les Combustibles d’A. Nothomb (mise en scène S. Cottin) et participé à de nombreux courts-métrages.

Il a d’abord été formé en tant que comédien à l’école d’Art Dramatique Jean Périmony, puis au cours Marie Boudet et enfin au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris (Promotion 2010 – Classe de J.D. Barbin). Au CNSAD, on a pu le voir dans An other side of the story (comédie musicale mise en scène par Caroline Marcadé), dans Caligula ou le Joueur (mise en scène S. Depommier) et dans Love me or kill me (P. Calvario). En 2014, il a travaillé avec la metteur en scène Linda Duskova sur un spectacle intitulé « Das ist die gallerie » et réalisé à partir du texte d’Heiner Muller, Paysage sous surveillance.

François Hébert – Projet « Promenade » / Déambulation cinématographique

Après cinq années de droit public à l’Université Paris II Panthéon-Assas, François Hebert se décide à apprendre comment raconter des histoires. En 2010, il passe le concours de la Fémis (Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son) et est reçu au sein du département scénario. Il est tout d’abord formé à l’ensemble des métiers du cinéma pendant un an, avant de commencer sa formation de scénariste à proprement parler. Durant sa scolarité, il écrit trois long-métrages et une série télévisée actuellement en demande de développement au CNC. En 2013, il part étudier l’approche américaine du scénario à New-York au sein de la Columbia University, sous la direction d’Israël Horowitz. Parallèlement au cinéma, François Hebert suit les séminaires de l’historien de l’art Georges Didi-Huberman à l’EHESS. Il s’intéresse également au théâtre d’objet et de marionnettes ce qui l’amène à participer grâce à Marie Millan à la compagnie L’Artisanie.

Filmographie

Scénariste et réalisateur :

Sourdingue (réalisation François Hebert – La Fémis, 2011) – Scénariste et réalisateur.

Amour et philosophie, discussion avec Jean Bollack (2014, Postproduction) – Co-réalisateur.

Scénariste

Tout bouge (réalisation Pauline Laplace – La Fémis, 2012) – Co-scénariste.

Les dents de lait (réalisation Iris Chailloux – La Fémis, 2012) – Co-scénariste.

Les révoltés de la CAF (réalisation Antonin Desse, La Fémis 2012) – Co-scénariste.

La nuit m’appelle (réalisation Olivier Strauss, en cours de développement) – Co-scénariste.

Actuellement, François Hebert travaille à l’écriture de son quatrième long-métrage.

Lara Hirzel – projet « Sirènes » / Court métrage

Après une classe préparatoire en lettres classique, Lara Hirzel étudie à la Fémis au sein du département décor entre 2008 et 2012. Elle pratique parallèlement la recherche en Histoire de l’art de la Renaissance à l’université Paris 1. Elle fut tour à tour: iconographe pour le cinéma ( Madame Bovary de Sophie Barthes, Le Jeune Karl Marx de Raoul Peck), scénographe ( L’Amphithéâtre Sanglant de Jean-Pierre Camus, mise-en-scène Florence Beillacou, compagnie “La lumineuse” ou Pour un tombeau (d’Anatole) de Clément Camar-Mercier, d’après Mallarmé, dramaturgie de François Regnault, compagnie « Antemuros »), chef-décoratrice de nombreux courts-métrages (Le rêve d’Orphée de Maxence Vassilyevich, Les chemises ouvertes de Marie Loustalot,Low de Ludivine Large-Bessette, La Peur de Grégoire Pontécaille, Lolotte de Félix Thompson, Les filles de la Côte-d’Azur d’Axel Victor, Et nous qui sommes paralysés de Sylvain Coisne …), assistante décoratrice (de Galen Johnson pour Spiritismes de Guy Maddin, courts-métrages tournés en public au Centre Georges Pompidou et d’Adeline Caron pour Egisto, opéra de Mazzocchi et Marazzoli, produit par la Fondation Royaumont), mais aussi assistante d’artistes ( de Khvay Samnang, artiste cambodgien, pour le festival Season of Cambodia, au sein de Residency Unlimited et de Casita Maria Center For Arts and Education à New York City ou encore de Pierre Leguillon, pour La Grande Évasion, commande du Musée de la Danse à Rennes). Elle réalise enfin un court métrage expérimental, Demeure, sélectionné notamment au Fresh Film Fest Festival de Prague. Elle est actuellement en thèse au sein de SACRe, sous la direction de Jean-Loup Bourget et de Bruno Dumont.

Antoine Joly – Projet « Toutes nos fugues » / Théâtre musical

Né en 1991, Antoine Joly est originaire de Strasbourg, il a commencé le théâtre en suivant l’enseignement des artistes du TNS, dans le cadre de l’enseignement secondaire (option théâtre). Après une hypokhâgne en Avignon, il a intégré en 2010 le Conservatoire (CRR) de Lyon, département des études théâtrales où il a suivi l’enseignement de Magali Bonat et rencontré Philippe Sire, Laurent Brethome ou Stéphane Auvray-Nauroy. Il a joué dans ‘W/W’ d’après Woyzeck de Büchner, mis en scène par Théophile Sclavis, et dans Happy Hour, d’après Cyrano de Bergerac de Rostand, mis en scène par Théo Kerfridin. Il a organisé plusieurs poétiques au Théâtre de l’Elysée avec Gilbert Caillat à partir des poèmes de Baudelaire, d’Aragon, de Jehan-Rictus, de Verlaine. En 2012, il est entré au CNSAD de Paris, et y suis toujours une formation de comédien; il y a notamment suivi l’enseignement de Jean-Damien Barbin, et est à présent dans la classe de Xavier Gallais. Pianiste depuis plusieurs années, son approche de la création théâtrale liée à la recherche musicale s’est notamment traduite dans le projet Blue Train, mis en scène par Antoine Sarrazin, avec lequel il a travaillé en amont des répétitions en tant que co-compositeur des musiques qui jalonnaient ce projet, puis en tant qu’acteur et musicien dans le spectacle lui-même, lequel n’avait d’autre ambition de se faire rencontrer de manière absolue, la musique, la poésie et le théâtre.

Lena Paugam – Projet « Et, dans le regard la tristesse d'un paysage de nuit » / Théâtre

LENA PAUGAM, metteure en scène et comédienne formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Elle est artiste associée à La Passerelle, scène nationale de St-Brieuc. Elle a fondé la Cie Lyncéus en 2013 et a mis en scène Simon (d’après Tête d’Or de Paul Claudel), puis, Et dans le regard, la tristesse d’un paysage de nuit, d’après Les Yeux bleus cheveux noirs de Marguerite Duras et Détails de Lars Norén. En 2015, elle a monté Le 20 Novembre de Lars Norén et Laisse la jeunesse Tranquille de Côme de Bellescize. En 2016, elle signe un diptyque intitulé Au point d’un désir brûlant comprenant Les Sidérées d’Antonin Fadinard et Les Coeurs Tétaniques de Sigrid Carré Lecoindre. Elle vient d’achever un doctorat de recherche et de création initié en 2012 au sein du dispositif SACRe (Université PSL).

La programmation

ET, DANS LE REGARD, LA TRISTESSE D’UN PAYSAGE DE NUIT

D’après Les Yeux bleus cheveux noirs

Théâtre

Texte : Marguerite Duras

Scénographie : Aurélie Lemaignen

Interprétation : Sébastien Depommier, Fanny Sintès, Benjamin Wangermée

«L’homme, la femme, le tiers : trois figures perdues dans une chambre vide. Entre elles, un contrat : des nuits payées pour se tenir ensemble et tenter de réanimer la sensation enfuie du désir. Marguerite Duras fait de la scène et de la littérature en général le lieu d’une parole qui dit l’impossible toucher, l’impossible fusion. Elle raconte ici l’inaccessibilité de l’étreinte, et l’inlassable quête de l’abandon de l’être dans l’amour. Cette pièce est réalisée dans le cadre du doctorat SACRe et s’inscrit dans un cycle de créations intitulé «La crise du désir – états de suspension, espaces d’incertitude».

« Il faut faire de la musique pour obtenir le silence »

Jankélévitch

Elle dit : et, dans le regard, la tristesse d’un paysage de nuit représente la tragédie d’un théâtre débordé par l’écriture. Cette pièce raconte la douleur d’une histoire qui ne s’éteint pas, ni ne s’épuise, qui se reformule inlassablement, toujours en attente de disparaître, formulée depuis le bord de l’abîme, à la limite du précipice, et tournant autour du silence, du grand silence le guettant à la fois comme une issue et comme une catastrophe. Une parole au coeur de la crise. Crise musicale du manque et de l’excès.

Cette création s’appuie sur le texte de Marguerite Duras intitulé Les Yeux bleus cheveux noirs. C’est une pièce de théâtre ou un roman, peu importe. Cet écrit fait partie de ces oeuvres au-delà de tout genre, résistant à toute tentative de définition. Une adaptation théâtrale de La Maladie de la Mort avait été commandée à Duras par Luc Bondy pour la Schaubühne de Berlin, et Marguerite butait, adaptait, réadaptait, écrivait, réécrivait l’histoire, son éternelle histoire, celle de l’homme atlantique, déjà tant de fois dite et redite. Et puis : Les yeux bleus cheveux noirs, matériau hybride contenant ensemble tous les principes et contradictions du théâtre de Marguerite Duras, une sorte de fantasme dont elle dira dans La Vie Matérielle qu’il pourrait être l’emblème d’une nouvelle forme de théâtre.

Ce théâtre, dont l’auteur dit qu’il ne saurait qu’être « lu, pas joué », il faut l’envisager comme le rêve, à la fois utopique et impératif, d’un lieu sanctuaire, d’un espace privilégié où le corps représenté se mettrait au service de l’écriture, où l’écriture elle-même deviendrait corps par le biais de la parole, où il ne serait question que de cela : de la représentation des mots et du drame de les dire, de les lire, de les relire, de les réécrire. Le théâtre comme une chambre de voix où le livre s’invente, se crée, advient.

Je me suis attachée aux lieux, ces fameux lieux de Marguerite Duras. Ce sont ces légendes, au sens étymologique du terme (« ce qui doit être lu »), qui m’ont d’abord attiré, ces maisons d’encre, paysages d’écritures où se promènent les héros esseulés et mélancoliques.

Il y a dans le théâtre de Duras une dichotomie fondamentale entre la force performative des lieux de la fiction et la projection fantasmée du lieu de la scène, d’où parlent les acteurs. J’ai voulu quelque chose de l’ordre du pourrissement dans le décor, un espace poétique en relation avec la mémoire. Je me demandais ce que nous disais cet acte continu de réécriture, de la mémoire de l’histoire, des traces, du souvenir. C’est pourquoi nous avons rêvé à un espace dans l’espace qui serait comme une boite fermée hors du temps contenant le temps. (Duras ne dit-elle pas que les maisons contiennent. Comme les femmes…) La chambre décrite dans La Maladie de la mort qui contiendrait l’espace des Yeux bleus cheveux noirs. Une chambre qui aurait été engloutie par les eaux depuis des décennies et où les acteurs seraient piégés, condamnés à raconter éternellement l’histoire du souvenir, à la lire, piégés entre les lignes noyées de Duras.

Dans Les yeux bleus cheveux noirs, l’auteur distingue très clairement ce qu’elle appelle « la scène » délimité par le halo d’une lumière de théâtre (lieu réservé aux héros de l’histoire) et ce qu’elle nomme « le décor » (lieu qu’habiteraient les acteurs). L’existence conjointe de ces deux espaces pose problème : que représentent-ils ? De quelle nature est la différence entre les « acteurs » et les « héros », si chacune de ses espèces peut être comprise dans un espace représentable ?[ Il s’agit de questionner le primat du récitatif dans le théâtre de Duras. Quel est le statut des héros ? Que jouent-ils ? Si l’histoire est «racontée » par des acteurs, que montrer sous la lumière ? Paradoxe d’un théâtre qui se veut en lecture et qui suppose une scène et un dédoublement ! Paradoxe d’un théâtre qui affirme le primat du dire sur la représentation et qui se nourrit de l’idée de cette même représentation ! Que faire ? Je choisis de considérer le héros comme le symbole de l’impossible représentation théâtrale de la fiction durassienne. Il est ce vers quoi les acteurs tendent et ce qu’ils ne peuvent pas atteindre.

À cause de la langue. De la structure narrative, dans laquelle ils sont engoncés.

Les acteurs sont toujours tenus à distance. Ne jouent pas. Mais jouent quand même. Au coeur du paradoxe de Duras. Ils sont comme des fantômes, des spectres dansants. On ne sait pas s’ils sont encore vivants. Ils continuent d’essayer, c’est ça le tragique de l’histoire, ils continuent et ne peuvent pas jouer car Duras leur interdit. Ils jouent à distance l’amour impossible, l’impossible touché, l’impossible dialogue, l’impossible rencontre directe. Sublimation de la distance au coeur de son paradoxe. Refus de s’en tenir au théâtre lu. Chercher ce que nous raconte cette mise à distance par l’écriture, par la narration. Ce que raconte ce refus de donner aux héros une vie, une chance de se parler autrement que par les mots de l’auteur. Comme chez Racine, le drame réside dans la langue même. La tragédie des héros n’existe que parce qu’ils se parlent en vers. Ils ne peuvent se rencontrer par ce qu’ils font partie de la littérature. Ce ne sont que des héros de littérature. Et les acteurs qui doivent les faire vivre n’ont pas d’autre espace que les mots de Duras. Ils joueront donc leur situation d’acteur tentant de jouer Duras sans pouvoir le faire.

N’être fidèle à Duras que dans la mesure où l’on tord son écriture pour lui jouer des tours durassiens …

Lena Paugam

Un spectacle de Lena Paugam

D’après Les Yeux bleus cheveux noirs de Marguerite Duras.

Théâtre

Texte : Marguerite Duras

Scénographie : Aurélie Lemaignen

Interprétation : Sébastien Depommier, Fanny Sintès, Benjamin Wangermée

LA NEF DES FOUS

Conte populaire – Légende tragique

Texte et mise en scène : Antonin Fadinard

Scénographie : Aurélie Lemaignen

Interprétation : Fernanda Bart, Pauline Cheviller, Sebastien Depommier, Hélène Rencurel, Mathieu Saccuci, Benjamin Wangermée

« Et il se peut que ces nefs de fous, qui ont hanté l’imagination de la toute première Renaissance, aient été des navires de pèlerinage,

des navires hautement symboliques d’insensés en quête de leur raison. […] La navigation livre l’homme à l’incertitude du sort ;

là chacun est confié à son propre destin, tout embarquement est, en puissance, le dernier. C’est vers l’autre monde que part le fou sur sa folle nacelle ;

c’est de l’autre monde qu’il vient quand il débarque. Cette navigation du fou, c’est à la fois le partage rigoureux, et l’absolu Passage. »

Michel Foucault, Histoire de la folie

L’idée, c’est d’écrire pour un temps et pour un lieu. Pour des êtres humains, donc. Réels, présents, contemporains. L’idée, c’est de leur parler d’eux, de nous, et d’interroger notre « vivre ensemble ». Le théâtre, par essence, dans son exercice même, questionne le « vivre ensemble ».

Je ne crois pas que nous vivions une époque qui ait désintégré, plus que le précédent, son sens de la cohésion, du collectif ou de la fraternité. Mais je pense que c’est un combat de tous les instants et que, dans une période où, malgré de lourds antécédents, nous continuons de pratiquer un refus méthodique ou larvé de la différence, il est nécessaire d’en parler, il est de notre devoir d’en parler.

J’emploie à dessein le mot devoir. Je suis persuadé qu’il est temps de rendre à la politique son sens premier, sa valeur sociétale et son aspect populaire. Le théâtre vient comme une mer sur la plage de la cité, avec une poésie violente et pleine de sel. Il vient fracturer chaque crâne, chaque coeur, chaque corps et chaque mémoire pour y laisser s’insinuer le doute, pour en laisser s’échapper les préjugés, pour ouvrir enfin toujours plus grand le champ des questions.

Diversifier, différencier, donner la parole à la multitude, dans ce mouvement éternel et cyclique qui va de l’intime au collectif et du collectif à l’intime, c’est du théâtre, c’est de la politique, mais c’est surtout bosser pour l’humanité.

C’est ce que nous voulons, rien de moins, et en toute humilité, parce qu’il n’y a rien de plus sensé à faire : bosser pour l’humanité !

Alors, appuyés d’un bras sur cette belle petite ville de bord de mer, de l’autre sur cette sinistre légende qu’est la nef des fous, nous avons trouvé juste et nécessaire de mettre à la scène notre rapport à l’Autre, aux autres et à l’incompréhension incassable que constitue l’étranger sous toutes ses formes, de faire aller notre barque dramatique au gré des peurs et des désirs de fous et citadins mêlés, rassemblés à Binic par une fatalité bizarre, et de leur donner l’humour pour voile, et pour vent : la merveilleuse opacité de l’aventure humaine.

Antonin Fadinard

Un texte et une mise en scène d’Antonin Fadinard
Avec Fernanda Bart, Pauline Cheviller, Sebastien Depommier, Hélène Rencurel, Mathieu Saccuci, Benjamin Wangermée

RHAPSODIE SANS VISAGES

Lecture

Texte : Sigrid Carré-Lecoindre

Lecture par : Antonin Fadinard, Jeanne François, Monique Lucas et Fanny Sintès.

« De la terreur, nous dirons qu’elle musellera les foules.

Du silence, qu’il unira les bras des fratries les plus sombres.

Qu’il tranchera les gorges, au couteau du barbare. Au doute de l’indécis. Aux miroitements secs du sursaut.

De nous-mêmes nous ne dirons rien. Qui attendons là, les bras nus.»

Parvenue au dernier carrefour d’une existence qui semble déjà l’avoir éconduite, une femme s’arrête. Sa voix se lève. Et parachève les contours d’un monde devenu fou de se balbutier. Le corps tendu vers cet ailleurs qu’on ne nomme plus, elle demeure. Immobile. Plantée comme le pieu dans le sable de la Terre Promise. Comme si, délaissant ses jeux d’allers retours catatoniques, le désir pouvait s’ancrer pour la première fois. Ici. Elle dira « à l’arrachée du monde ».

C’est une veillée comme tant d’autres vécues déjà. Une de ces nuits blanches qui précèdent les grands départs. Les grands changements.

Posés sur cet horizon qui n’en finit pas de fondre le décor, les yeux paraissent attendre que l’on hisse les voiles.

A quel nouvel exil pourrait s’abandonner celle qui ne bougera plus ? Elle ne partira pas d’ici.

Il ne s’agit plus d’elle. Mais de celles qui adviendront par elle. De ces voix autorisées par l’élan de cette première chamade.

Manquante, inexacte, elle prend la parole. Sa voix s’élève et alerte. Elle force l’écoute. Elle fomente une nouvelle Genèse. Et voici le Verbe, haletant d’une bouche à l’autre. Cousues. Aux bords de visages mouillés dont on ne distingue plus les traits. Il n’y a plus de visages. Il n’y en a jamais eu.

Seule la parole compte désormais, qui hésitant les intervalles, réordonne l’espace et le temps.

Elle s’engage. Elle dit enfin. L’odeur de ce matin-là. La nuit de pluie battante. La fuite. La perte. Les corps identiques. L’oubli impossible.

Et la neige, par-dessus. Epuisante comme la paresse, fatale comme le mensonge.

« Il faut beaucoup aimer la neige. Pour ce qu’elle grave.

Aux mémoires des poètes »

Il ne s’agit plus d’elle, mais des voix tombées dans le silence moite des étaux. Les anonymes étouffées. Celles, innombrables, aux visages lacérés sur les murs de la crainte et dont seul le vent sait empreindre la chanson sourde.

Rhapsodie sans visages c’est le récit du trou. Celui de la parole manquante. La tentative de dire l’écart entre les mots, les gestes, les promesses. C’est le chant des ellipses, des enlisements. Celui de la mémoire figée dans ses propres éthers. Ses failles, ses éreintements.

C’est une errance. Une marche à l’aveugle. D’abandon en abandon. Un vagabondage immobile de l’autre à soi. Tout y est fonction de ce qui se crée dans le mouvement du don et de ce qui se perd dans celui de l’exil. De ce qui bouillonne dans cet entre-deux là, dans le manque et l’absence du lieu d’ancrage. Dans la recherche de l’endroit d’où l’on vient, de celui d’où l’on parle ensuite. Dans l’écho de cette terre immatérielle qu’on appelle humanité. Et qui nous relie en deçà. Il s’agit de l’écoute salvatrice et de la parole agie comme fer de lance de cette humanité-là.

Le théâtre peut ça.

Sigrid Karlek

Une lecture de Sigrid Carré-Lecoindre avec Antonin Fadinard, Jeanne François, Monique Lucas et Fanny Sintès.

SIRENES

Court-métrage

Réalisation : Lara Hirzel

Avec: Clémence de Barros

Image: Lara Hirzel, François Hebert, Lorraine Kerlo-Aurégan

Montage: Lucie Szechter

Montage Son: Daniel Capeille

Mixage: Paul Jousselin

SIRÈNES est un dialogue entre deux soeurs sur les liens que tissent mémoires et espaces. Ce court-métrage fut tourné entre le Brésil et le Finistère, autour du souvenir d’une maison quittée pendant l’enfance et du partage de cette mémoire. La plus jeune vit au Brésil depuis cette séparation. Elle n’a jamais revu la France et quand elle en parle, elle ne sait plus quelle est la part d’imagination et de réalité. Sa grande soeur porte en elle une mémoire plus vivace. C’est elle qui parcoure les lieux avec sa caméra, qui chasse les traces comme on poursuit les fantômes. Ainsi l’une et l’autre, dans des langues différentes, s’offrent leurs images de la Bretagne et du Brésil, dans leurs contrastes et leurs accords marins.

Lara Hirzel

Un film de Lara Hirzel

avec Clémence de Barros.

Image: Lara Hirzel, François Hebert, Lorraine Kerlo-Aurégan

Montage: Lucie Szechter

Montage Son: Daniel Capeille

Mixage: Paul Jousselin

TOUTES NOS FUGUES

Théâtre et Musique

Conception : Antoine Joly

Musique : Antoine Joly

Interprétation : (Distribution en cours)

Monter un cabaret au bord de la mer a pour nous plusieurs significations: raconter l’errance des artistes pétri de chansons et d’attitudes, de leurs désirs de faire de l’art, alors même qu’ils sont perdus dans leur propre monde, le chapiteau, la piste, le petit orchestre et, au loin, l’océan.

Le cabaret, ses codes, ses ficelles, sa troupe, le spectacle lui-même se recherche, sa propre forme n’étant jamais acquise, comme s’il n’avait jamais été répété. Les entrées et les sorties, les numéros et les scènes seront autant d’échappées, musicales et spatiales, qui résonneront ensemble en une grande fugue, enfin retrouvée. Ce sera l’histoire d’artistes, sous leur toit nomade, rejouant, après des siècles d’errance, leurs numéros favoris, ceux qui leur rendent la vie, ceux qui les ont fait partir en voyage.

Antoine Joly

Un spectacle musical d’Antoine Joly

UCHRONIE

Installation sonore dans l’église Notre Dame de bon voyage à Binic.

Conception : Olivier Brichet

Une installation sonore d’Olivier Brichet.